Interview de l’Ambassadeur de France dans le journal Sharq à l’occasion du 14 juillet et du deuxième anniversaire de l’accord de Vienne.

« La relation entre la France et l’Iran s’inscrit dans une dynamique très positive depuis la conclusion de l’accord de Vienne et la visite du président Rohani à Paris en janvier 2016. Au cours de ces 18 derniers mois, la relation entre la France et l’Iran s’est étoffée grâce à de nombreuses visites de ministres dans les deux sens, notamment les ministres des affaires étrangères et de l’économie, mais également des missions croisées d’entreprises, de dirigeants d’universités, de médecins, etc. […] les autorités françaises soutiennent activement le retour des entreprises nationales en Iran. Il y a déjà de très beaux succès. […] Aucun autre pays au monde n’a été plus actif que la France dans la reprise des relations économiques avec l’Iran. »

Interview de l’Ambassadeur de France dans le journal Sharq à l’occasion du 14 juillet et du deuxième anniversaire de l’accord de Vienne (13 juillet 2017)

Question : Les acquis du dernier déplacement en France de M. Zarif

Réponse : La relation entre la France et l’Iran s’inscrit dans une dynamique très positive depuis la conclusion de l’accord de Vienne et la visite du président Rohani à Paris en janvier 2016. Au cours de ces 18 derniers mois, la relation entre la France et l’Iran s’est étoffée grâce à de nombreuses visites de ministres dans les deux sens, notamment les ministres des affaires étrangères et de l’économie, mais également des missions croisées d’entreprises, de dirigeants d’universités, de médecins, etc. Pendant les derniers mois, les élections présidentielles, à la fois en France et en Iran, ont un peu ralenti le rythme de ces échanges. C’est normal. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron et la réélection d’Hassan Rohani, les contacts ont repris avec intensité. D’abord nos deux chefs d’Etat se sont parlé par deux fois par téléphone. Le Président Emmanuel Macron appelé le Président iranien pour sa réélection et lui a fait part des condoléances de la France après l’attentat du 7 juin. La visite de M. Zarif à Paris les 29 et 30 juin a constitué une autre étape très importante de la reprise de la relation bilatérale. Elle lui a permis de rencontrer le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le Président de la République. Lors de ces entretiens, la question des crises régionales a notamment été évoquée. Cette visite a été suivie, quelques jours plus tard à Téhéran le 3 juillet, de la troisième séance du dialogue politique entre la France et l’Iran, mené côté français par le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères Christian Masset et côté iranien par le vice-ministre Majid Takht Ravanchi. Ces rencontres ont permis d’examiner tous les aspects de notre relation bilatérale : politiques, économiques et culturels.

Question : La réunion annuelle de l’OMPI en France et les protestations iraniennes à ce propos

Réponse : C’est un sujet largement couvert par les médias ces derniers jours. Le sujet a été abordé lors du déplacement de M. Zarif à Paris aussi bien que celui de M. Masset à Téhéran. La France n’entretient aucune ambiguïté s’agissant de l’OMPI. Nous n’avons aucun contact avec cette organisation. Nous ne soutenons ni les principes, ni l’idéologie ni les activités de ce groupe. Comme vous le savez, les organisations des droits de l’homme aussi condamnent les activités de cette organisation non-démocratique de notion sectaire. Son inspiration violente et non démocratique a conduit plusieurs organisations des droits de l’Homme à souligner ses pratiques à caractère sectaire. Nous condamnons aussi son refus de renoncer formellement à la violence.
Il se trouve que l’OMPI organise chaque année un rassemblement en banlieue parisienne. La liberté de manifestation et d’expression est protégée par le droit français. Tant que ce rassemblement ne donne lieu à aucun acte illégal au regard du droit et ne menace pas l’ordre public, il n’appartient pas aux autorités françaises de l’interdire.

Question : Les relations bilatérales économiques - les derniers accords et contrats dans le domaine du pétrole

Réponse : Dans la relation bilatérale, les questions économiques tiennent une place à part. Nous considérons en effet que l’Iran doit retirer les bénéfices économiques de la levée des sanctions prévue par l’accord de Vienne du 14 juillet 2015. Cela passe notamment par la progression de nos échanges économiques bilatéraux. C’est pour cette raison que les autorités françaises soutiennent activement le retour des entreprises nationales en Iran. Il y a déjà de très beaux succès. D’abord l’entreprise européenne Airbus a déjà livré 3 avions à Iran Air dans le cadre d’un contrat portant sur 100 appareils. ATR a également conclu un contrat pour la livraison de 40 avions, dont 4 ont d’ores et déjà rejoint la flotte d’Iran Air, et de nouvelles annonces ont été faites lors du salon aérien du Bourget fin juin. L’automobile est un autre secteur d’excellence. Non seulement les créations des co-entreprises marquant le retour de Peugeot et Citroën en Iran aux côtés de leur partenaires Iran Khodro et Saipa ont été négociés et signés en un temps record mais les premières voitures issues de ces investissements, qui répondent aux normes les plus modernes, sortent déjà des lignes de production. Renault continue pour sa part de monter en production avec ses partenaires iraniens, et travaille sur un nouveau projet de co-investissement. La signature du contrat entre la NIOC, Total et ses partenaires le 3 juillet sur la phase 11 du champ gazier de South pars constitue enfin une excellente nouvelle. C’est le signe que, malgré un contexte international complexe, les entreprises françaises ont confiance dans l’avenir de l’Iran. J’ai mentionné ici quelques grandes entreprises, mais elles sont suivies également par de nombreuses petites et moyennes entreprises, qui sont actives dans des secteurs variés. A chaque fois, cela a des répercussions positives pour l’emploi en Iran et en France. Aucun autre pays au monde n’a été plus actif que la France dans la reprise des relations économiques avec l’Iran.
En 2016, 40000 Iraniens se sont rendus en France, et ce nombre augmentera en 2017. Je comprends que le rythme du développement économique puisse paraître lent pour le peuple et les responsables iraniens. Mais la décision, l’investissement, la mise en œuvre et l’arrivée des premiers résultats prennent beaucoup de temps en économie, et c’est normal que les résultats n’apparaissent pas en 6 mois ou un an.

Question : Les problèmes bancaires persistent malgré le volume de nos coopérations.

Réponse : Des problèmes subsistent toutefois dans le domaine bancaire. Les grandes banques internationales, continuent de se montrer très prudentes. Cette situation est liée au maintien de certaines sanctions aux Etats-Unis mais aussi au fait que le système financier iranien n’est pas encore aux standards internationaux, notamment en termes de transparence. Des progrès sont toutefois en cours dans ce domaine et la France est disposée à fournir une assistance, par exemple sur les questions du GAFI. La France mobilise par ailleurs en Iran ses outils publics, tels l’assurance-crédit export, les Prêts du Trésor, et travaille sur un engagement en Iran de BPI Financement afin de faciliter le financement de projets entre entreprises iraniennes et françaises.

Question : L’impact de l’élection d’Emmanuel Macron sur le développement des relations entre l’Iran et la France

Réponse : La diplomatie du nouveau président français sera guidée par la recherche de l’efficacité et par le pragmatisme. Il ne s’agit pas d’une diplomatie de rupture. Le Président Emmanuel Macron a démontré, dès les premières semaines de son mandat, sa volonté d’un dialogue étroit avec l’Iran, en appelant à deux reprises son homologue iranien et en recevant M. Zarif à Paris. Je suis donc convaincu que la relation entre nos deux pays continuera de se développer et se renforcera. Nous célébrons demain, le 14 juillet, la fête nationale française. Je suis très fier que cet anniversaire soit désormais aussi celui de l’accord de Vienne. Cet accord est non seulement essentiel à la paix et à la stabilité dans la région mais il constitue aussi la base au renforcement de la relation entre la France et l’Iran.

Question : Le prochain déplacement du ministre français en Iran

Réponse : M. Zarif a transmis à son homologue français une invitation à se rendre en Iran. Cette visite, importante pour l’approfondissement de la relation bilatérale comme pour contribuer au règlement des crises régionales, aura lieu au cours des prochains mois.

Question : Vous avez évoqué le développement des échanges humains. En venant à l’ambassade, j’ai remarqué une queue assez longue de demandeurs de visa. Pour faciliter la procédure de demande de visa et augmenter les échanges humains, quelles mesures avez-vous prises ?

Réponse : C’est la question que je me suis posé le jour de mon arrivée en Iran. Je trouve qu’il n’est ni normal ni correct de faire attendre les gens, surtout en été sous la chaleur et il fallait trouver une solution. Les relations entre la France et l’Iran s’approfondissent et de plus en plus d’Iraniens présentent des demandes de visa à notre ambassade, ce dont nous nous réjouissons. Face à cette affluence, les délais et les conditions d’accueil sur le site de l’ambassade n’étaient néanmoins plus acceptables. Nous avons donc pris la décision d’externaliser l’accueil des demandeurs de visa et le dépôt de leur dossier auprès d’une entreprise privée. Les demandeurs seront reçus à partir du 18 juillet dans un espace spacieux disposant de bien meilleures conditions d’accueil dans le centre commercial du Palladium. Notre service consulaire continuera pour sa part à traiter les dossiers reçus. Cette nouvelle procédure devrait également permettre un raccourcissement des délais de rendez-vous au cours des prochains mois.

Question : L’impact probable de la mise en œuvre du Brexit sur le développement des relations de l’Iran avec les autres pays européens

Réponse : Vous avez raison de poser cette question mais la Grande Bretagne n’est pas à ce jour complètement sortie de l’Union Européenne. En toute hypothèse, nous allons préserver nos relations avec ce pays qui est un allié de longue date de la France et avec lequel nous entretenons de relations économiques et culturelles. Des centaines de milliers de français vivent en Angleterre, et inversement de nombreux Britanniques vivent en France. Vu l’importance de la Grande-Bretagne et le rôle qu’elle joue dans les affaires internationales, nous souhaitons maintenir nos relations avec ce pays. La décision des Britanniques a été une surprise. L’Union européenne et le Royaume-Uni ont engagé les négociations pour définir les modalités du Brexit. Ces négociations seront longues et complexes. Elles concernent pour l’essentiel des questions d’ordre intérieur. S’agissant des enjeux diplomatiques, et en particulier de la relation avec l’Iran, la France continuera de travailler étroitement avec l’Allemagne et le Royaume-Uni ainsi que le service diplomatique de l’Union européenne. C’est ce format, dénommé E3/UE, qui a largement contribué à l’accord de Vienne et qui reste central pour sa mise en œuvre. Il est important de le préserver. Quant à l’Union européenne en tant que telle, ses relations avec l’Iran se sont développées après l’accord de Vienne, y compris dans le cadre d’un dialogue politique de haut niveau, même si elle ne dispose pas encore d’une représentation à Téhéran. Cette dynamique se poursuivra, y compris dans le contexte du Brexit.

Question : La position française sur les crises au Moyen-Orient.

Réponse : Il y a de nombreuses crises dans la région qui préoccupent l’Iran et la France et c’est pourquoi nous souhaitons avoir un rôle pour contribuer à une amélioration de la situation. Les crises au Moyen-Orient ont été au cœur des discussions de M. Zarif à Paris les 29 et 30 juin, ainsi que du dialogue politique entre M. Masset et M. Takht Ravanchi le 3 juillet à Téhéran. La stabilité et la paix au Moyen-Orient constituent un enjeu de première importance pour la diplomatie française.
En premier lieu, la France est pleinement engagée dans la guerre en Syrie et en Irak contre Daech, une organisation terroriste qui a frappé la France en son cœur et a tué beaucoup de nos ressortissants. La lutte contre Daech est donc au centre de nos préoccupations puisqu’il s’agit de notre sécurité nationale. La France collabore avec la coalition internationale et notre objectif principal consiste à neutraliser et vaincre ce groupe terroriste. Sur le terrain, les choses progressent de façon significative. La libération de Mossoul est désormais acquise. A Rakka, la capitale syrienne de l’autoproclamé « califat », l’avancée des forces soutenues par la coalition à laquelle prend part la France a resserré l’étau sur Daech. Il y a d’autres groupes terroristes dont Al-Qaïda et Jabhat al Nosra contre lesquels il faut également lutter. Il y a des progrès sur le terrain. En revanche, les négociations pour une solution politique de ce conflit, qui a fait en six ans plus de 360 000 morts et des millions de réfugiés ou déplacés, ne progressent pas. Or il ne peut pas y avoir de paix durable sans une solution politique. Il faut débloquer cette situation. Pour relancer la solution politique, la France propose de se fonder sur quatre principes : la lutte contre tous les terrorismes, l’interdiction absolue de toutes les armes chimiques, l’accès sans restriction des aides humanitaires, l’inclusion de toutes les composantes syriennes avec le soutien des Nations unies et des pays de la région. Sur cette base, nous encourageons la mise en place des zones de désescalade négociées à Astana, dans le cadre de discussions dont l’Iran est partie prenante. Nous ne faisons pas du départ de Bachar Al-Assad un préalable à la négociation mais nous ne croyons pas non plus qu’il puisse y avoir une solution du conflit autour de lui. Dans le cadre de ces principes, la France est prête à travailler avec tous ceux qui se disent prêts à œuvrer pour la résolution de la crise. Avec l’Iran, elle mène des discussions approfondies sur ces sujets et sur l’ensemble des crises de la région, notamment dans le cadre de notre dialogue politique.

Question : Le cessez-le-feu conclu suite à la rencontre des présidents russe et américain, en dehors des négociations d’Astana, sera-t-il garanti et durable ?

Réponse : Nous soutenons tous les efforts en vue d’établissement du cessez-le-feu dans les zones de désescalade : cela sauve des vies, et c’est ce qui importe le plus.

Question : La position française sur les dernières tensions au sein du CCAG et les tensions existantes entre l’Iran et les pays membres du Conseil

Réponse : Depuis quelques semaines, nous avons eu une montée de tensions au sein du Conseil du Golfe qui est inquiétante. Notre position sur ce sujet est de ne pas prendre parti pour l’un contre l’autre. Nous soutenons les efforts de médiations de l’émir du Koweït. Nos autorités, le président de la République et le ministre des Affaires étrangères sont en contact avec tous les acteurs de la région, les pays du Golfe d’une part et l’Iran d’autre part. Et nous souhaitons que tous ces pays participent de la même volonté de faire baisser les tensions et pas de les accroitre. Je pense que dans la région nous n’avons pas besoin d’un accroissement de tensions. Nous appelons tout le monde à la raison, à la mesure et à s’abstenir de tout comportement provocateur dans la phase actuelle.

Question : Et sur d’autres crises au Yémen, Bahreïn et Liban.

Réponse : Au Yémen, la France soutient le travail de l’envoyé spécial des Nations unies. Nous appelons à un cessez-le-feu immédiat, à des efforts urgents pour répondre à la crise humanitaire et à la reprise sans conditions des négociations en vue d’une solution politique. Au Liban, la crise présidentielle a été surmontée et l’adoption d’une nouvelle loi électorale ouvre la voie à la tenue d’élections législatives dont la France soutient le bon déroulement. Au Bahreïn, nous nous exprimons en faveur d’un dialogue politique élargi à toutes les composantes de la société bahreïnienne.

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M. François Sénémaud, Ambassadeur de France en Iran

Dernière modification : 18/07/2017

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